ENTREPRISE DE DETOURNEMENT - CHANTIER N° 6

 « LA MAISON SUR L'EAU », est  notre dernière  ENTREPRISE DE DETOURNEMENT. Elle  a eu lieu dans le cadre d’Evento 2011, le rendez-vous artistique et urbain de la ville de Bordeaux. Du 4 au 14 octobre 2011, nous avons raconté à la ville l’histoire de cette famille qui avait décidé de vivre en pleine nature au centre- ville, sur une île flottante au milieu de la Garonne. Avec l’accompagnement de la presse locale, nous avons pu préserver la surprise jusqu’à l’installation de l’île en pleine nuit et faire courir la rumeur. Nous avons révélé notre véritable identité le lundi 10 octobre dans la presse mais l’opération a continué comme si de rien n’était  jusqu’à la nuit du 13 au 14…

 

L’HISTOIRE

 « Bonjour, nous sommes vos nouveaux voisins. Nous avons longtemps cherché notre lieu de vie idéal mais toujours sans succès. Certains dans la famille voulaient vivre en pleine nature, loin de tout, les autres ne voulaient pas quitter Bordeaux.  Un jour notre fils Ferdinand a dit : « si on habitait au milieu du fleuve, on serait à la fois dans la nature et en plein centre-ville ». Il avait raison. Cela fait six mois que nous préparons notre emménagement et maintenant nous y sommes. Etre à la campagne à deux pas du tram, c’est un peu un rêve qui se réalise. Nous avons fait attention d’installer notre maison là où elle dérange le moins. Merci de votre accueil »

La famille Laborde

 

Suivez l'aventure au quotidien sur le carnet de bord de la famille : www.icicestailleurs.blogspot.com

 

Les membres de la mystérieuse association ICI C’EST AILLEURS, de doux rêveurs en quête d’ « avenir durable » se sont passionnés pour cette « première tentative de vie en autonomie sur la Garonne ». Une expérience du sauvage en plein cœur de la ville…. Pour que la démarche de la famille Laborde soit comprise et acceptée, ils ont fait  œuvre pédagogique de trois manières différentes :

Sur les quais St Michel,  en vue de l’île, de grands  panneaux à demeure racontaient l’histoire de la maison sur l’eau et sensibilisaient à l’habitat flottant  avec texte et croquis. Les curieux ainsi informés, étaient invités à se rendre sur le blog http://www.icicestailleurs.blogspot.com/ pour lire le récit quotidien de la famille agrémenté de films et photos. Plusieurs milliers de personnes ont suivi ce feuilleton pendant les dix jours et encore après. Chaque jour, près des panneaux s’ajoutaient aussi en affiches le journal de bord écrit des îliens. Les simples passants pouvaient  tout de même suivre les aventures de la Garonne et de ses habitants  au jour le jour… Des dizaines de milliers de Bordelais sont venu observer notre « maison sur l’eau » depuis les quais.

A partir du vendredi 7 et jusqu’au jeudi 13 octobre, plusieurs fois par jour, deux bateaux (un de vingt places et un de 100 places) emmenaient gratuitement les curieux, avec deux membres d’ICI C’EST AILLEURS comme guides, pour une sortie - découverte commentée d’une demi-heure au plus près de la maison sur l’eau, à la rencontre de ses habitants…  Ayant  accosté, les visiteurs restés dans le bateau pouvaient enfin voir l’île de près et aussi discuter avec la famille Laborde, écouter  l’histoire de leur  vie sur la Garonne. Sur le trajet  retour les guides d’ICI C’EST AILLEURS pouvaient faire partager leur « passion pour l’avenir durable » et présenter leurs projets d’urbanisme  improbables pour Bordeaux 2030… Près de 2 000 personnes ont pu embarquer sur nos bateaux  pour les « sorties découvertes ».

 

NOS INTENTIONS PREPARATOIRES (printemps 2011) 

INTRODUCTION

A Bordeaux, la Garonne est réputée « sale et dangereuse ». Son immensité inquiétante, son aspect boueux, ses fameux courants changeants ou  ses crues ancestrales ne plaident pas pour elle que l’on pense avoir domptées...  Depuis que le port n’est plus, que le fleuve a perdu quasiment toute fonctionnalité, la Garonne « n’existe » plus vraiment. Elle est, au mieux,  «un immense ruban marron» coulant dans la ville, que l’on peut regarder passer comme on regarde brûler un feu, ou moins romantique : un obstacle, une distance à franchir, une dimension à parcourir, un espace inutile. Le fleuve est là, on fait avec mais on le connait mal et on s’en méfie… Pourtant ce fleuve est une veine de vie étonnante. Il se gonfle à marée haute et expire à marée basse. C’est un pouls battant toutes les six heures au cœur de la ville, un lien entre terre et océan, une veine nourricière à laquelle la ville s’est toujours abreuvée, à laquelle elle doit tout…

OPERA PAGAÏ

 

« UN PAVE SUR LA MARE »

Notre intention est, pendant dix jours, de décaler le regard et la perception que les Bordelais ont de leur fleuve. Nous voulons proposer un autre point de vue, un cadre différent, braquer un projecteur sur la Garonne pour l’éclairer sous un autre jour. Nous voulons jeter un « pavé sur la mare » en faisant vivre en autonomie, sur une île flottante de presque 300 m2, au beau milieu du fleuve, une famille  avec enfant et grand –père, arbre et pelouse, potager et poulailler. Nous souhaitons déplacer les repères, bousculer les certitudes en créant et habitant un petit coin de campagne, au beau milieu du fleuve… en plein centre-ville.

 

HABITER LE FLEUVE POUR LE « METTRE EN SCENE »

Rendre la Garonne agréablement vivable c’est, pour nous,  faire se  conjuguer la quiétude et la douceur d’une maisonnée coquette et de ses espaces verts, avec le tumulte du fleuve. Notre intention est de le faire exister, de montrer qu’il vit en vivant avec lui,  en l’habitant, en cohabitant. En faisant corps avec lui, être le témoin de ses mouvements : Notre île flottante et ses habitants montent et descendent dans le paysage urbain au gré des marées, ils se déplacent de gauche à droite à chaque fois que la Garonne change de sens. Ils sont  comme une balise, nous  font ressentir les pulsations du fleuve.  En « étant là », ils font exister le contexte plus fort.  En les observant, on doit voir la Garonne « être »…

Et puis, les habitants de l’île tentent de vivre en harmonie avec lui, adaptent leur rythme à celui des marées. Ils apprennent les courants, ils s’accommodent du vent. Ils pêchent. Ils élèvent des animaux. Ils fertilisent leurs plantations avec ses alluvions, ils s’en nourrissent et le fertilisent à leur tour en lui rendant leurs déchets naturels, ils alimentent leur poêle avec le bois flotté échoué contre leur esquif,  ils récupèrent tout ce que charrie le fleuve… En vivant « avec » et « de » la Garonne, et en se racontant quotidiennement dans leur journal de bord sur internet, ils nous la donnent à voir, à ressentir et peut être à comprendre un peu mieux.  Enfin, les « sorties découverte en bateau » offre la  sensation d’être sur le fleuve et de regarder Bordeaux par « dedans »…

INTERPELLER LA VILLE

Cette intervention est aussi un moyen de tendre un miroir déformant à la ville. Les habitants de l’île nous renvoient à notre quotidien d’habitants de Bordeaux. Ils nous interrogent sur notre condition de citadins du 3e millénaire. En réalisant ce pas de côté, ils questionnent la ville, l’urbanisme  et sa capacité à combiner les idéaux individuels au sein d’un idéal collectif. Que faisons-nous ensemble de nos espaces publics ? Quels espaces individuels de liberté  pouvons-nous nous approprier ? Comment voit-on Bordeaux de là-bas ? A quoi ressemble ma ville quand on la regarde « à l’envers » ? Peut-on vivre « hors la ville » et dans la ville ?

QUE SONT NOS REVES DE GOSSES DEVENUS ?

En suspendant « l’espace-temps » pendant quelques jours, nous créons un « monde parallèle », une bulle de liberté ou l’on peut prendre ses désirs pour des réalités, ou tout est possible, pourvu qu’on le souhaite très fort… Notre MAISON SUR L’EAU est un rêve éveillé, un conte qui fait appel à notre part d’enfance. C’est un récit merveilleux qui convie à la fois Robinson Crusöé, Alain Bombard et l’île Mystérieuse et Tom Sayer  dans notre quotidien.

« A l’heure où la planète est totalement cartographiée, où il n’y a plus de terres lointaines à découvrir, il nous reste encore à explorer les mondes inconnus que nous traversons tous les jours : « Ma ville est une terre d’aventures… »

 

Nous avons choisi d’implanter notre île au milieu du fleuve entre les quais Saint Michel et la Benauge, là où il est encore un peu « sauvage », où ses rives sont toujours envasées, là où il reste « humble », où il n’a pas encore enfilé son corset de paillettes  pour la carte postale… là où on n’est  jamais invité à le regarder…  C’est d’ailleurs ici, tout près, qu’il y a encore quelques décennies, vivaient les derniers mariniers qui habitaient sur leurs péniches. Nous avons repris  la place, comme un trait d’union entre le passé du fleuve et son avenir, comme un hommage de moussaillons à des vieux loups de mer disparus…

 

GARDONS LE SECRET !

Cette proposition n’est  pas inscrite à dessein dans le programme d’EVENTO.

Nous l’avons tenu secrète afin  que sa découverte au petit matin soit une véritable surprise pour les Bordelais… Nous tenons à ce que cette image, cette situation inattendue les étonne, les interpelle, les implique et crée une rumeur dans la ville. Ce pas de côté avec la vérité n’est pas une fantaisie, il est la condition sine qua non pour embarquer les bordelais  dans notre univers. Il est le point de départ de notre histoire : « Il était une fois, une famille qui… ».

Certes, c’est une histoire à dormir debout, mais elle est réaliste puisqu’elle existe : elle se déroule là, sous nos yeux. Surtout, les personnes qui vivent dans cette maison sur l’eau nous ressemblent… Ils pourraient être nous... Cet enfant qui joue dans la pelouse ou ce grand-père qui nourrit ses poules au milieu de l’eau, ce pourrait être le mien, ou moi finalement. Cela veut dire que cette aventure hors du commun est à la portée de tous. En ayant la possibilité de s’identifier chacun peut s’approprier l’histoire et se laisser porter par sa poésie, se sentir concerné, s’émouvoir  ou s’interroger… 

Bien sûr, nous jouons avec la réalité et flirtons avec la vérité, mais la narration ne cherche pas à justifier à tout prix la véracité de la situation pour toujours laisser la possibilité du doute. Ainsi, nous laissons chacun libre d’investir ce qu’il a envie d’y investir, de voir ce qu’il veut y voir,  de croire ce qu’il a envie de croire.

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